IBM et les démarches collaboratives
Suite à la mise à disposition publique de la première version du logiciel “History Flow Visualization Application” d’IBM, je voudrais faire part d’un ensemble de réflexions sur cet outil. L’history flow permet de visualiser l’évolution dynamique des pages Web, ceci en dévoilant graphiquement les interactions d’éditeurs travaillant selon un mode collaboratif.
L’History Flow en tant qu’outil de visualisation graphique, permet d’étudier le cheminement d’un article rédigé sur base d’une interface logicielle de type wiki. La démarche collaborative que permettent les wiki, sont d’autant plus intéressant à étudier qu’il est difficile pour un observateur extérieur de comprendre les mécanismes de gestion et de régulation qui interviennent dans le processus de rédaction coopérative.
History flow – A quoi ça sert ?
Wikipédia est une encyclopédie libre et gratuite rédigée sur Internet par des volontaires. Ainsi, les articles présents en ligne sont le résultat d’une coopération de plusieurs auteurs (parfois des milliers pour un seul article). Ce travail de rédaction coopérative est possible à l’aide d’un logiciel nommé MediaWiki qui permet à toute personne possédant un ordinateur et une connexion à l’Internet de rédiger avec d’autres.
Dans cette optique, l’History flow permet de mettre en évidence la chronologie d’une affaire. À l’instar de ce que réalise Latour avec ses grahiques socio-techniques, l’History flow consiste en une mise en ordre contingente des étapes contribuant à l’évolution d’un article. Il permet donc d’identifier les auteurs présents (on parlera d’actants), la résistance des textes qu’ils ont rédigé, mais aussi de localiser facilement des étapes spécifiques comme le vandalisme, la réorganisation, la suppression, la disparition d’un contributeur, les conflits d’éditions, etc.
Métrique temporelle
Outre l’analyse de l’évolution diachronique des articles, l’History Flow offre une description métrique de la temporalité de l’affaire. Ceci est visible grace à un calibrage des interventions au regard de la résistance temporelle de ceux-ci : Plus une version d’un article proposée par un contributeur “résiste” longtemps (càd, perdure), plus celle-ci est large dans la représentation graphique.
Esquisse d’une réflexion critique de l’outils
L’History Flow, tout en présentant un point de départ intéressant à une analyse sociologique des sites wiki, me paraît insuffisant (voir incomplet) à plusieurs égards.
Premièrement, le champ couvert par l’analyse qu’opère le logiciel m’apparait comme insuffisant dans l’étude d’articles de la Wikipedia. En effet, le corpus que couvre l’analyse de History Flow se restreind à une seule page. Comme je le montre ci-dessous avec un exemple, la rédaction d’un article à travers le cyberespace que met en place le MediaWiki, se déroule en des lieux virtuels éparses.
Prenons un exemple très simple d’un cas de vandalisme sur l’article Pomme de la Wikipédia francophone pour voir ce que nous apportent deux techniques d’analyse d’affaire.L’article pomme (Figure 1) comme beaucoup d’articles a dû essuyer des actes de vandalisme (T0). Ces différents actes de vandalisme ont disparu suite à la rectification d’autre utilisateur vigilant (T2). Ainsi, l’History Flow nous montre à quel moment intervient le vandale (T0), ce qu’il modifie (suppression d’une rubrique [angle de la couleur brune] + insulte et gribouillis [la ligne blanche]) et combien de temps son acte de vandalisme résiste (soit T2 – T0).
Figure 1 : Vandalisme sur l’article Pomme vu pas l’History Flow.
Dans cet exemple très simple, on observe que l’History flow met en avant tout un ensemble d’éléments permettant à l’observateur de considérer l’acte de vandalisme. Néanmoins, cet outils ne permet pas de mettre en avant certaines interactions entre contributeurs qu’il est pourtant intéressant de remarquer. Par exemple, alors que la disparition du vandale au (T2 + X) semble aller de soi. La disparition du vandale est aussi la conséquence du message posté sur la page de l’utilisateur anonyme. En effet, un peu avant que Nyco restaure la version vandalisé, un autre utilisateur, ayant observé (par la page de RecentChange, sa page de suivi ou encore par ce qu’il passait par là) la performance de l’anti-programmme du vandale, a pris la peine de l’avertir par un message orné d’un visage souriant que l’encyclopédie n’est pas un bac-à-sable et l’inviter à contribuer de manière pseudonommée.
Bonjour, Bienvenue débutant,
Vous avez découvert combien il est facile de modifier et compléter l’encyclopédie Wikipédia.
Le bac à sable est à votre disposition pour tester la syntaxe de Wikipédia.
Note : Bienvenue débutant IP:87.657.7.986 est votre identifiant actuel.
Vous pouvez créer votre compte avec le pseudonyme de votre choix si vous désirez donner une touche plus personnelle à vos contributions.
Le travaille préventif des contributeurs qui ont placé (T1) sur la page du vandale anonyme un message contribue ainsi à l’échec de l’anti-programme du vandale.
Aussi, la restauration de l’article doit être analysée comme un processus logique et le réseau qu’il tisse s’en va beaucoup plus loin que sur la page de l’article seule. Ceci est vrai dans le cadre de ce vandalisme de l’article pomme mais aussi dans un mais sur la plupart des autres articles (sinon tous à terme). La relation entre contributeurs et la régulation des pairs se réalise à travers de nombreux lieux d’interactions sociales : Article, Page(s) de discussion de l’article, Page(s) de l’utilisateur, Page(s) de discussion de l’utilisteur, IM, IRC, Le Bistro, Page(s) du comité d’arbitrage, Courriel, Liste de diffusion, etc. Par conséquent, il est à mon sens illusoire de pouvoir cerner le parcours de l’argumentation et de l’évolution d’une affaire en se basant uniquement sur l’output de celui-ci. Suivre les acteurs, c’est prendre en compte toutes les dimensions que ce dernier perçoit à travers son activité Wikipédienne.
La deuxième critique, que je porterai à l’égard de l’History Flow, consiste à dénoncer l’unique regard quantitatif sur l’évolution d’un texte. En effet, l’History Flow ne permet pas d’identifier les programmes opposés des acteurs, ou du moins ne le révèle qu’une fois l’échec de l’anti-programme annoncé. Les graphiques socio-techniques quant à eux, bien que moins exhaustif dans leurs descriptions, permettent de repèrer les étapes cruciales tant qualitativement que quantitativement (Figure 2) de l’évolution d’une affaire.
Figure 2 : Vandalisme sur l’article Pomme avec la méthode du graphique socio-technique
Ces critiques ayant été énoncées, l’History flow présente donc autant de défauts que de qualités. D’une part, il permet une description très précise d’un ensemble de phénomène. D’autre part, cette description, du fait qu’elle se contente d’analyser le fonctionnent d’une seule page, apparaît réducteur pour le sociologue qui désire décrire anthropologiquement le cheminement du contributeur.
History flow vs. Graph socio-techniques
Tableau récapitulatif des qualités du graphique socio-technique en comparaison avec l’History flow.
History Flow -|- Graphique socio-technique
Neutre | Orienté
Outils Informatique | Méthode d’analyse
Quantitatif | Qualitatif/Quantitatif
Exhaustif | Ciblé | Réducteur
Page d’article en wiki | Tous les lieux médiateurs d’interaction perçu/perceptible par l’anthropologue

Bonjour, Bienvenue débutant,
